Le canyon du Barbaira : une histoire ligure !

Ah, les Ligures ! Un peuple aujourd’hui disparu mais qui, à bien des égards, a non seulement marqué l’histoire de la région, mais aussi celle du monde, de la préhistoire à nos jours. La ville de Gênes en est un exemple frappant, elle qui a dominé une partie de la Méditerranée au même titre que sa rivale, Venise.

La région fut d’abord habitée par ces peuples ligures, avant de voir l’influence des Celtes, puis la colonisation par les Romains qui nous ont transmis le droit sur lequel reposent encore nos sociétés actuelles. Mais c’est l’arrivée des premiers chrétiens, aux IIe et IIIe siècles, qui va profondément modifier le mode de vie des habitants. Plus tard, la Ligurie devint le théâtre de conflits incessants entre la République de Gênes, les Comtes de Provence et la Maison de Savoie. Cette rivalité historique ne s‘est véritablement arrêtée qu’à la fin du XIXe siècle avec la naissance de l’Italie moderne.

Histoire de la géologie du canyon du Barbaira en Italie

Le canyon du Rio Barbaira, situé à Rocchetta Nervina dans la vallée de la Nervia, est le résultat fascinant de la combinaison de trois phénomènes géologiques : l’origine marine de sa roche, le soulèvement des Alpes et l’érosion torrentielle qui a sculpté le paysage actuel.

1. L’origine de la roche : un ancien fond marin

Il y a environ 40 à 50 millions d’années (durant l’Éocène supérieur et le Crétacé), la région actuelle des Alpes Ligures était recouverte par une mer chaude et peu profonde : un bras de l’océan Téthys. C’est dans ce bassin sédimentaire que se sont accumulés pendant des millions d’années les débris d’organismes marins et des sédiments fins (marnes et argiles) apportés par les continents voisins. Ce sont eux qui ont donné naissance aux marnes et aux flyschs visibles aujourd’hui dans une partie du canyon.

2. Le soulèvement alpin et la fracturation de la roche (Miocène)

Il y a 30 millions d’années, la rencontre entre la plaque tectonique africaine et la plaque eurasiatique donne naissance à la chaîne des Alpes. Ce choc titanesque compresse, plisse et soulève l’ancien fond marin sédimentaire à plus de 1 000 mètres d’altitude, créant les massifs environnants comme le Monte Abellio, qui domine le canyon du Barbaira. Ce sont ces mouvements tectoniques majeurs qui vont façonner le lit du Rio Barbaira.

3. L’érosion quaternaire : la naissance des gorges

Le canyon tel qu’on le parcourt aujourd’hui en canyoning est une création « récente » à l’échelle géologique. Il a été façonné principalement durant le Quaternaire (les deux derniers millions d’années), une période marquée par les grandes glaciations. L’érosion s’est faite par la combinaison de deux phénomènes majeurs :

  • Le travail mécanique de l’eau : Lors de la fonte des neiges et des crues torrentielles, le Rio Barbaira se charge en galets et sédiments abrasifs. Agissant comme du papier de verre, ces matériaux ont creusé de profondes gorges et sculpté des vasques de réception circulaires, appelées marmites de géant.

  • La dissolution chimique (le Karst) : Le calcaire est une roche soluble à l’eau acide. L’eau a dissous la roche en s’infiltrant dans les failles, créant un réseau complexe de cavités, de sources résurgentes et de resserrements étroits.

Pourquoi l’eau du Barbaira est-elle si claire ? L’incroyable transparence émeraude et turquoise de l’eau du Barbaira est le produit direct de cette géologie. Le bassin versant, très sauvage et majoritairement calcaire, agit comme un filtre naturel. La roche ne libère pratiquement aucune particule argileuse fine en suspension (qui troublerait l’eau), tandis que le fond de calcaire blanc réfléchit parfaitement la lumière du soleil ligure, créant une ambiance tropicale unique en Europe !

Les « hommes du canyon » sur les pas des premiers touristes

Si le tourisme est né sur la Riviera française (notamment à Nice avec l’arrivée des Britanniques au XVIIIe siècle), la Riviera dei Fiori (la Riviera des Fleurs, en Ligurie) en a été le prolongement direct et indissociable dès le XIXe siècle.

1. Le déclic littéraire : Giovanni Ruffini et Il Dottor Antonio (1855)

On peut presque dater la naissance du tourisme à Sanremo et ses environs grâce à un livre. En 1855, l’écrivain Giovanni Ruffini publie un roman écrit en anglais : Doctor Antonio.

  • L’intrigue : Une jeune aristocrate anglaise tombe malade lors d’un voyage et doit s’arrêter à Bordighera. Elle y est soignée par le Docteur Antonio, qui lui fait découvrir la douceur du climat et la beauté des paysages.

  • L’impact : La haute société britannique, séduite par les descriptions de cette côte épargnée par les hivers rigoureux, commence alors à affluer en masse.

2. Bordighera et Sanremo : les refuges de l’aristocratie européenne

Très vite, la Riviera dei Fiori devient le point de rendez-vous des têtes couronnées, des artistes et des scientifiques de toute l’Europe :

  • Les Anglais et les Allemands : Ils y construisent de somptueuses villas, à l’image de la Villa Nobel à Sanremo, où Alfred Nobel passa ses dernières années, et des hôtels de luxe.

  • La tsarine Maria Aleksandrovna : Épouse du tsar Alexandre II de Russie, elle séjourna à Sanremo en 1874 pour des raisons de santé. Subjuguée par la ville, elle fit don des palmiers qui ornent aujourd’hui la célèbre promenade du bord de mer (le Corso Imperatrice). C’est aussi grâce à cette communauté qu’a été construite la magnifique église orthodoxe russe de Sanremo.

  • Claude Monet : En 1884, le célèbre peintre impressionniste s’installe à Bordighera. Ébloui par la lumière unique et la végétation luxuriante (les palmiers, les oliviers, les fleurs exotiques) de la Ligurie, il y peindra plusieurs de ses chefs-d’œuvre.

3. Du climat thérapeutique au tourisme de divertissement

Au départ, on venait sur la Riviera dei Fiori pour des raisons médicales (le « tourisme climatique » pour soigner la tuberculose ou échapper au smog de Londres). Mais rapidement, les infrastructures de loisirs se développent :

  • Le Casino de Sanremo, inauguré en 1905, devient le centre névralgique des soirées de la Belle Époque.

  • C’est cette même impulsion touristique qui donnera plus tard naissance au célèbre Festival de la chanson italienne de Sanremo en 1951, prolongeant la vocation festive de la région.

Alors, si Nice et la Côte d’Azur ont techniquement « inventé » le mot tourisme, la Riviera dei Fiori a immédiatement sublimé le concept en y mêlant son art de vivre, sa culture des fleurs et son climat exceptionnel.

L’évolution du tourisme vers l’arrière-pays

L’évolution du tourisme vers l’arrière-pays de la Riviera dei Fiori et de la zone frontalière est une transition fascinante. On est passé d’un espace purement utilitaire — lié à l’agriculture, au pastoralisme et à la survie — à un espace de ressourcement, de culture et d’aventure. Ce glissement de la côte vers les vallées (comme la Roya, la Nervia ou l’Argentina) s’est fait en plusieurs grandes étapes.

1. L’étape pionnière : la quête de fraîcheur et la science (Fin XIXe – Début XXe)

L’aristocratie qui hivernait sur la côte à Sanremo ou Bordighera commençait à souffrir de la chaleur dès le printemps. C’est le début de la « villégiature d’été ».

  • La fraîcheur des altitudes : Les riches touristes gravissent les vallées pour chercher de l’air frais et les villages de moyenne altitude commencent à s’équiper.

  • L’élan scientifique et archéologique : Des figures comme Clarence Bicknell (un pasteur britannique installé à Bordighera) commencent à explorer l’arrière-pays de manière systématique. Fasciné par la flore alpine et les gravures rupestres du Mont Bego, Bicknell passe ses étés à explorer la Haute-Roya et la Vallée des Merveilles, jetant les bases d’un tourisme culturel et de randonnée.

2. L’entre-deux-guerres : l’arrivée du train et le désenclavement

L’ouverture complète de la ligne de chemin de fer Cuneo-Vintimille en 1928 change radicalement la donne. L’arrière-pays n’est plus un bout du monde difficile d’accès :

  • Le train permet de relier directement la Riviera à la montagne.

  • Des stations de ski et de villégiature se développent (comme Limone Piemonte côté italien), et les villages des vallées deviennent des étapes évidentes pour les voyageurs.

3. Les années 1970-1990 : du dépeuplement au « Tourisme Vert »

Après-guerre, l’arrière-pays souffre d’un exode rural massif alors que le littoral capte tout le tourisme de masse (le « bétonnage » de la côte dans les années 60). C’est précisément en réaction à cette saturation du bord de mer que va naître le tourisme vert :

  • Le besoin d’authenticité : Les voyageurs redécouvrent le charme des villages médiévaux perchés (Dolceacqua, Pigna, ou Apricale en Ligurie ; Saorge ou Tende côté français).

  • La protection de la nature : La création du Parc National du Mercantour (1979) et plus tard du Parco Naturale Regionale delle Alpi Liguri sanctuarise ces espaces et leur donne une visibilité internationale.

  • Notre histoire : Mon histoire personnelle est étroitement liée à ces développements. Dès 1990, j’ai créé mon agence dédiée en grande partie aux sports de nature et au canyoning en Ligurie.

Aujourd’hui : l’explosion du tourisme d’aventure et de bien-être

Aujourd’hui, l’arrière-pays est une destination à part entière qui attire un public international autour de deux piliers majeurs :

  • Les sports de nature et d’émotion : Le relief accidenté, les clues calcaires et les cours d’eau des vallées alpines et liguriennes sont devenus des spots mondiaux de outdoor. Le canyoning (dans des clues mythiques de la région comme la Maglia ou la Barbaira), le rafting, le VTT et le trail attirent une clientèle sportive active du printemps à l’automne.

  • Le slow tourisme et le ressourcement : En totale opposition avec le rythme effréné du littoral, l’arrière-pays mise sur la déconnexion, les gîtes éco-responsables et le bien-être. C’est dans cet esprit que s’inscrit notre centre de bien-être à Breil-sur-Roya.

35 ans d’aventure avec AET Nature

Cela fait maintenant 35 ans que notre agence AET NATURE, avec à sa tête mon père Michel Rostagni, organise des séjours culturels et sportifs entre Gênes et Nice.

C’est ainsi que dans les années quatre-vingt-dix, nous avons eu l’immense honneur de guider « Les Amis du Musée de l’Homme de Paris » avec des intervenants prestigieux comme Sylvia Gossmann (historienne), Patricia Balandier (architecte) et Luc Thevenon (conservateur du Musée Masséna à Nice). C’est à cette occasion que nous avions rencontré la célèbre sorcière blanche Amalia à Triora !

Nous travaillons également avec le refuge du « Colle Melosa » depuis 1988 pour des séjours de randonnée pédestre dans le somptueux cadre des « Dolomites de la Ligurie ». Durant 10 ans, nous avons également organisé des séminaires et du team building pour les entreprises à partir de l’Hôtel des Thermes à Pigna.

L’histoire du canyoning dans la vallée de la Nervia

L’histoire du canyoning dans la vallée de la Nervia se concentre principalement autour d’un joyau brut : la Barbaira (parfois orthographiée Barbera), complétée plus haut dans la vallée par le canyon du Buggio. Si la vallée voisine de la Roya possède la grandiose et technique Maglia, la Nervia a développé une histoire bien à elle, profondément liée à sa géographie transfrontalière.

Pendant des siècles, l torrent de la Barbaira, qui coule au pied du mont Toraggio pour se jeter dans la Nervia, n’a été qu’une ressource utilitaire. Les vasques turquoises situées juste en amont de Rocchetta Nervina servaient aux locaux pour se rafraîchir, tandis que le vieux pont en pierre marquait le départ des sentiers muletiers et de la transhumance vers les alpages de haute altitude.

Les gorges profondes et resserrées restaient mystérieuses. C’est à la fin des années 1970 et au début des années 1980, dans le sillage de l’essor de la spéléologie, que les premiers explorateurs locaux et guides français et italiens ont commencé à équiper le parcours. Ils y découvrent un encaissement calcaire unique, sculpté de colonnes de tuf et baigné d’une végétation tellement dense qu’elle lui vaudra plus tard le surnom de « canyon tropical ».

Les années 1990 : la reconnaissance européenne

Dans les années 1990, le bouche-à-oreille fonctionne au maximum chez les passionnés de sports d’eau vive. La Barbaira acquiert rapidement une réputation internationale grâce à une combinaison magique très rare :

  • Un profil hyper ludique : Une succession presque ininterrompue de sauts (pouvant aller jusqu’à 9 ou 10 mètres), de toboggans naturels et de rappels sous cascade.

  • Une eau particulièrement clémente : Contrairement aux canyons alpins de haute altitude, la Barbaira coule à une altitude basse (environ 200 à 450 mètres), ce qui permet à l’eau de se réchauffer rapidement sous le soleil ligure.

C’est à cette époque que les professionnels de la Roya et du littoral azuréen commencent à intégrer régulièrement la Nervia dans leurs catalogues, proposant la Barbaira comme la « perle de la Ligurie ».

L’ouverture du Buggio : la « Mini-Maglia » de la Nervia

Pour répondre à la demande d’un canyoning plus sauvage, l’exploration s’est déplacée un peu plus haut dans la vallée, au niveau du village suspendu de Buggio (sur la commune de Pigna). Alimenté par les eaux des grands sommets frontaliers (Pietravecchia et Toraggio), le canyon du Buggio s’est imposé comme une alternative fantastique. Moins long mais plus encaissé, vertical et technique, il a hérité du surnom affectueux de « mini Maglia ».

Aujourd’hui : un modèle d’éco-tourisme transfrontalier et concerté

Aujourd’hui, l’activité est parfaitement intégrée à l’économie locale :

  • Gestion locale : Face au succès du site, la municipalité de Rocchetta Nervina a mis en place une réglementation intelligente (incluant une légère taxe d’accès pour l’entretien des sentiers et des équipements de sécurité), garantissant une pratique durable qui respecte l’écosystème.

  • La culture du « Canyon-Pasta » : L’histoire moderne de la Barbaira se termine presque toujours de la même façon. Après 4 heures de descente dans les gorges, les pratiquants sortent directement à pied au niveau des premières maisons de Rocchetta Nervina. L’habitude s’est ancrée de troquer la combinaison néoprène contre une table en terrasse pour déguster la cuisine ligure et un verre de Rossese di Dolceacqua.

Notre aventure dans le canyon du Barbaira

Pour nous, l’aventure a commencé très tôt, en 1989, avec les premières descentes du canyon accompagnés de nos clients. À l’époque, nous étions confrontés à l’équipement rudimentaire des pionniers. Je me souviens encore avoir été obligé de « spitter » (poser des amarrages manuellement) pour pouvoir progresser en toute sécurité avec nos groupes.

Après toutes ces années et des milliers de descentes à travers le monde, ce canyon reste à nos yeux l’un des plus beaux de la planète !

Dorian et Michel Rostagni

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